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Les lunettes de Meta ont un écran, pas encore une nouvelle vie

Des messages dans un verre et des gestes détectés au poignet : Meta rapproche l’écran de nos yeux, sans faire disparaître le téléphone.

Le vrai saut n’est peut-être pas dans la monture, mais dans le petit bracelet qui comprend la main.

Lunettes connectéesMetaVie privée
Collage pop-art de lunettes connectées et d’un bracelet de commande.
Illustration pop-art générée par IA : l’écran et le bracelet sont une évocation, pas une photographie du produit.

Quand j’ai vu passer l’annonce de lunettes capables d’afficher des messages devant l’œil, ma première pensée n’a pas été très futuriste. Je me suis demandé combien de temps il nous restait avant de chercher nos lunettes alors qu’elles seraient déjà sur notre nez. Le progrès conserve heureusement quelques traditions.

Les Meta Ray-Ban Display promises pour les États-Unis à la fin de septembre 2025 ajoutent un petit écran à une monture qui cherche à rester portable. Elles sont accompagnées d’un bracelet qui interprète de discrets mouvements de la main. Sur le papier, Meta prend une avance. Mais une avance vers quoi : un téléphone plus discret, ou la disparition du téléphone ?

Un écran dans un verre, pas un monde entier

L’écran annoncé est monoculaire : il occupe une petite zone du champ de vision. Il peut afficher des messages, une indication de navigation, des sous-titres, une image ou le viseur de la caméra. Nous sommes loin d’un décor numérique qui recouvrirait toute la rue.

Cette modestie est probablement une force. Une information brève n’a pas besoin d’envahir le paysage pour être utile. Elle peut éviter de sortir le téléphone pour vérifier une direction ou lire une ligne. Mais elle ne remplace ni un grand écran, ni un clavier, ni toutes les applications accumulées au fil des années.

Le smartphone reste d’ailleurs dans la boucle pour la connexion et les services. Le geste change : on le consulte moins visiblement. L’objet ne disparaît pas ; il passe un peu dans les coulisses.

Le bracelet fait le geste le plus neuf

Le compagnon le plus original de ces lunettes se porte au poignet. Il utilise l’électromyographie de surface : des capteurs repèrent l’activité musculaire associée à un pincement des doigts ou à un mouvement de la main, puis la traduisent en commande.

Ce n’est pas de la lecture de pensée. L’intention produit une activité musculaire, le bracelet mesure des signaux et un modèle tente de les reconnaître. Cette chaîne est moins magique, mais beaucoup plus intéressante, parce qu’elle permet de commander sans tendre le bras devant une caméra.

Des travaux de l’équipe de Meta publiés en 2025 montrent un socle sérieux, avec des essais menés sur de nombreux participants. Ils restent des résultats de laboratoire produits par le concepteur. Entre une démonstration contrôlée et une journée avec une manche, de la pluie et un bracelet légèrement déplacé, il reste quelques poignets à franchir.

La mode résout un problème technique

Le partenariat avec Ray-Ban apporte quelque chose que les anciennes lunettes connectées avaient souvent négligé : l’objet doit pouvoir être porté sans annoncer à vingt mètres que son propriétaire teste un prototype. Une monture familière, ajustée par un réseau d’opticiens, est une innovation de diffusion autant que de design.

Mais ajouter un écran et une batterie épaissit les branches et augmente le poids. L’autonomie annoncée va jusqu’à six heures d’usage mixte ; l’étui prolonge l’ensemble en rechargeant les lunettes lorsqu’on les retire. Ce n’est pas encore la journée entière promise par une monture ordinaire, qui possède l’excellent avantage énergétique de ne jamais réclamer de câble.

Le prix de départ annoncé, 799 dollars avec le bracelet, place aussi le produit entre l’accessoire et l’appareil informatique. La comparaison avec de gros casques immersifs l’avantage, celle avec une paire de lunettes classique beaucoup moins.

L’avance ne se mesure pas au volume du titre

Meta est bien le premier des grands acteurs comparés à annoncer la vente américaine d’une monture grand public combinant caméra, audio, petit écran couleur et commande musculaire. C’est une première manche concrète.

Elle ne prouve pas que le smartphone est condamné, ni que le marché est gagné. La forte croissance annoncée des Ray-Ban Meta concerne surtout la gamme sans écran et ne donne pas le nombre d’unités. Apple n’avait annoncé aucune paire comparable, Google préparait Android XR et Microsoft conservait encore un parc professionnel différent. Chacun courait, mais pas exactement sur la même piste.

Le mot « avance » a besoin de son unité : date de vente, confort, champ de vision, catalogue d’applications, autonomie ou nombre d’utilisateurs fidèles. Sans cela, il devient surtout un moyen élégant de transformer un calendrier en podium.

Regarder le monde, et ceux qui nous regardent

Une caméra placée sur le visage ne concerne pas seulement son propriétaire. Les passants ne choisissent ni la monture, ni les conditions du service, et le voyant d’enregistrement n’est utile que s’il est remarqué et compris.

L’écran et l’assistant ajoutent une autre couche : ce que l’utilisateur voit peut devenir une question, une image ou une donnée traitée. Il faut distinguer ce qui reste dans les lunettes, ce qui transite par le téléphone et ce qui part vers des serveurs. Ni « tout est enregistré » ni « tout est privé » ne peut être affirmé sans ce détail.

Je trouve finalement ces lunettes plus intéressantes lorsqu’on cesse de leur demander de tuer le smartphone. Elles testent une manière différente de consulter, de commander et de capter. Reste à savoir si lever les yeux de l’écran nous rendra plus présents… ou si l’écran aura simplement appris à monter avec eux.