Sauvegarder sans cloud : une copie parfaite ne suffit pas
FreeFileSync copie vos dossiers sans abonnement au cloud. Pour survivre à une erreur ou une attaque, la sauvegarde doit surtout savoir garder ses distances.
La bonne copie est celle qui survit précisément au moment où l’ordinateur décide de devenir créatif.
Copier ses dossiers sur un disque USB procure une sensation immédiate de sécurité. Automatiser cette copie rend la sensation encore meilleure. Puis arrive le jour où une suppression, un fichier corrompu ou un rançongiciel est reproduit avec une efficacité admirable sur la destination. La machine a parfaitement exécuté la consigne ; c’est la consigne qui avait oublié la catastrophe.
FreeFileSync compare des dossiers et synchronise leurs contenus sur un disque local, un partage réseau ou une destination distante. L’outil peut devenir une excellente pièce d’une stratégie sans abonnement au cloud. Mais synchroniser n’est pas encore sauvegarder. La différence se mesure moins au nombre de fichiers copiés qu’à la possibilité de restaurer une version saine lorsqu’il n’en reste plus sur l’ordinateur.
Trois modes, trois risques différents
Le mode miroir rend la destination identique à la source. Les nouveaux fichiers arrivent, les modifications sont reproduites et les suppressions suivent. C’est idéal pour maintenir une copie fidèle. Sans historique, cette fidélité peut devenir brutale : un dossier effacé ou chiffré à gauche disparaît avec la même discipline à droite.
Le mode mise à jour ajoute les nouveautés et remplace les fichiers modifiés sans supprimer ceux qui ont disparu de la source. Il protège donc mieux contre certaines erreurs humaines, mais accumule les anciens éléments et ne conserve pas automatiquement toutes les versions d’un document écrasé.
Le mode bidirectionnel propage les changements des deux côtés à partir d’une base de suivi. Il convient à deux espaces de travail, beaucoup moins à un refuge. Une suppression légitime doit y circuler ; une suppression malveillante aussi. Demander à une synchronisation de décider laquelle est laquelle reviendrait à confier la philosophie morale à l’horodatage.
Le versionnage change la nature de la copie
FreeFileSync peut déplacer les fichiers remplacés ou supprimés dans un dossier de versions datées. Cette fonction permet de revenir avant l’erreur et transforme une simple reproduction d’état en début d’historique.
Encore faut-il choisir combien de versions conserver, surveiller l’espace et protéger le dossier. S’il se trouve sur le même disque connecté que la copie principale, une panne matérielle, un vol, une surtension ou un rançongiciel peut emporter le tout. Le versionnage n’est pas une cape d’invisibilité ; c’est une seconde chance qui doit elle-même avoir une adresse sûre.
Le mécanisme de copie sécurisée écrit aussi un fichier temporaire avant de remplacer l’ancien. Il réduit le risque de laisser un fichier à moitié écrit si l’opération s’interrompt. Il ne corrige pas une source déjà corrompue et ne crée aucune copie indépendante.
Le temps réel accélère aussi les erreurs
RealTimeSync peut surveiller un dossier puis lancer automatiquement une tâche. Pour une panne de disque ordinaire, réduire le délai entre le travail et sa copie limite la perte. Pour une suppression massive ou un chiffrement, le même délai réduit le temps disponible pour réagir.
Une tâche planifiée pose d’autres questions très terre à terre : le disque était-il branché, le partage réseau monté, l’espace libre suffisant, le journal consulté ? « Exécuté à 02 h 00 » n’est pas synonyme de « restaurable à 08 h 15 ». Les sauvegardes aiment beaucoup les coches vertes ; les restaurations préfèrent les fichiers qui s’ouvrent.
Pour les données importantes, le temps réel doit donc être complété par des versions, des instantanés ou une copie déconnectée. Une destination accessible en permanence par le compte compromis partage souvent son destin.
Construire une vraie stratégie autour de l’outil
Le modèle classique 3-2-1 conserve trois copies, sur deux types de supports, dont une hors site. À la maison, on peut garder les données sur le PC, une copie versionnée sur un NAS ou un disque local, puis faire tourner deux disques USB, dont l’un reste débranché et stocké ailleurs.
Une destination SFTP distante peut remplir le rôle hors site si les identifiants et les droits empêchent la machine source de supprimer toutes les versions. « Sans cloud » n’est d’ailleurs pas une propriété absolue de FreeFileSync : le logiciel sait travailler avec plusieurs destinations distantes. C’est l’architecture choisie qui décide où vont les données.
Comme pour une archive vidéo qui doit garder sa provenance, la copie brute ne suffit pas toujours. Bases de données ouvertes, droits d’accès, liens symboliques et fichiers applicatifs demandent des réglages ou des procédures spécifiques. Une base active mérite souvent une sauvegarde conçue par l’application elle-même.
La restauration est le seul vrai examen
Comparer les fichiers par date et taille est rapide ; comparer leur contenu bit à bit est plus lent et ne prouve pas que la source était saine. Un journal sans erreur montre que l’opération prévue s’est terminée, pas que l’ensemble pourra être récupéré sur une autre machine.
Le test utile consiste à restaurer régulièrement quelques fichiers, puis occasionnellement un jeu complet. On vérifie les noms, les dates, les permissions, les versions et le temps nécessaire. Il vaut mieux découvrir aujourd’hui qu’un dossier manque que le lendemain de la panne, lorsque l’ordinateur adopte soudain la personnalité d’un coffre vide.
FreeFileSync reste un moteur de copie clair et puissant. Il peut automatiser une grande partie du travail, sans héberger lui-même les données. La sauvegarde commence cependant là où l’interface s’arrête : décider ce qui ne doit pas être propagé, isoler au moins une copie, surveiller les échecs et répéter la restauration avant d’en avoir besoin.