Accueil > Articles > Pourquoi l’économie mondiale penche toujours du même côté

Cogitations & économie

Pourquoi l’économie mondiale penche toujours du même côté

La Chine accumule les excédents pendant que les États-Unis dépensent davantage qu’ils n’épargnent. Le G7 a trouvé le problème, pas le volontaire.

Quand la balance mondiale penche, chacun explique très bien pourquoi l’autre devrait bouger en premier.

Économie mondialeChineMonnaies
Deux grands bols chargés de marchandises et de dépenses se tiennent en équilibre précaire au-dessus d’un lac.
Illustration générée par IA : la balance tient encore, surtout parce que chaque côté attend que l’autre commence à s’alléger.

L’économie mondiale peut donner l’impression d’une gigantesque balance : certains pays accumulent épargne et excédents, tandis que les États-Unis dépensent et importent davantage qu’ils ne produisent. À la fin, les comptes mondiaux s’équilibrent. Politiquement, c’est une autre histoire.

À l’ouverture du G7 d’Évian, un entretien avec les économistes Shahin Vallée et Brad Setser désignait un angle mort : le taux de change. Le yuan se serait affaibli en termes réels alors que la productivité et les exportations chinoises progressaient. La tentation est forte d’y voir le bouton unique qui remettrait la machine à niveau.

Sauf qu’une balance ne penche jamais à cause d’un seul plateau. Derrière la monnaie se trouvent la faible consommation chinoise, l’épargne de précaution, la politique industrielle, le déficit budgétaire américain et l’attrait mondial du dollar. Le vrai blocage n’est peut-être pas de comprendre le problème. C’est de trouver qui acceptera de payer sa correction.

Un excédent est aussi une épargne qui ne se dépense pas

La balance courante ne mesure pas seulement les conteneurs qui entrent et sortent. Elle additionne biens, services, revenus et transferts. Un pays excédentaire épargne davantage qu’il n’investit chez lui ; un pays déficitaire dépense davantage et reçoit le financement venu d’ailleurs. À l’échelle mondiale, les deux côtés doivent se répondre, aux erreurs statistiques près.

Cette identité comptable ne distribue pas les torts. En Chine, une protection sociale limitée, la crise immobilière et la part modeste du revenu des ménages encouragent l’épargne. Aux États-Unis, le budget public et la demande soutiennent les importations, tandis que les marchés financiers attirent les capitaux. Chacun peut donc montrer du doigt l’autre avec des chiffres parfaitement exacts. C’est très pratique, sauf pour avancer.

Le yuan faible n’est pas une simple manette

Comparer seulement le yuan au dollar ne suffit pas. Le taux de change effectif réel tient compte des différents partenaires et des niveaux de prix. Quand l’inflation chinoise reste plus faible qu’ailleurs, la monnaie peut se déprécier en termes réels même si son cours nominal bouge peu face au dollar.

Un yuan moins cher soutient en principe les exportations et renchérit les importations. Mais l’effet dépend des contrats, des marges, du contenu importé et du temps nécessaire pour que les volumes réagissent. L’estimation selon laquelle une baisse réelle d’environ 15 % aurait ajouté plusieurs points de PIB aux exportations nettes reste un résultat de modèle, pas une empreinte digitale retrouvée sur chaque conteneur.

Les réserves peuvent changer de poche

Brad Setser estime que les banques publiques chinoises auraient accumulé environ 700 milliards de dollars d’actifs étrangers en douze mois. Cette hausse pourrait absorber la pression qui ferait normalement monter le yuan, jouant indirectement le rôle autrefois visible dans les réserves officielles de la banque centrale.

La Banque populaire de Chine avance une autre lecture : les banques placeraient simplement les dépôts en devises reçus de leurs clients. Les mêmes lignes de bilan peuvent être compatibles avec une intervention organisée ou une intermédiation ordinaire. Sans connaître précisément les contreparties et les opérations, il faut parler d’une interprétation argumentée, pas de réserves cachées surprises derrière le canapé.

Tarifs ou monnaie : deux solutions qui déplacent la douleur

Les droits de douane peuvent réduire un déficit bilatéral tout en déplaçant l’assemblage vers d’autres pays. La valeur chinoise continue parfois son voyage avec un passeport statistique différent. Les analyses du FMI concluent que l’escalade tarifaire coûte en production et en prix, tout en corrigeant assez peu les déséquilibres globaux.

Une appréciation coordonnée des monnaies asiatiques toucherait plus directement les prix relatifs. Elle augmenterait le pouvoir d’achat des ménages chinois, mais fragiliserait des exportateurs et pourrait renforcer la pression déflationniste. Réduire le déficit américain demanderait aussi des choix budgétaires. Chaque solution produit donc ses gagnants, ses perdants et, par une heureuse coïncidence diplomatique, beaucoup de volontaires pour expliquer les sacrifices des voisins.

Évian a trouvé les mots, pas le mécanisme

Deux jours après l’entretien, la déclaration finale du G7 a reconnu que les déséquilibres venaient des rapports entre épargne et investissement, des politiques budgétaires, des modèles de croissance et des soutiens non marchands. Elle a demandé aux pays excédentaires de renforcer leur demande intérieure et réaffirmé les engagements existants sur les changes.

Mais elle n’a fixé ni cible pour le yuan, ni calendrier, ni nouveau système de surveillance comparable aux accords du Plaza de 1985. Le progrès est réel : un vocabulaire commun permet au moins de nommer les deux plateaux de la balance. Je pensais que l’angle mort était un prix mal réglé. Il ressemble davantage à un partage des efforts que personne ne veut signer. Combien de temps la balance peut-elle rester ainsi avant que les tarifs ne remplacent encore la discussion ?