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CULTURE G · CE QUE CACHE LE COUP DE FROID

Un courant d’air peut-il vraiment nous enrhumer ?

Une fenêtre s’ouvre, le nez coule… Entre virus, air frais et défenses du nez, que se passe-t-il vraiment quand on dit avoir « pris froid » ?

Une question de fenêtre ouverte qui conduit jusqu’aux défenses du nez.

Culture GSanté
Aquarelle d’un train aux fenêtres entrouvertes, avec une personne en écharpe et de légers lavis évoquant l’air frais.
Illustration générée par IA, à l’aquarelle : scène imaginaire d’air renouvelé dans un train. Ni reportage ni schéma de transmission d’un virus.

J’avoue que je ne comprends pas comment un courant d’air peut nous rendre malade. Une fenêtre s’ouvre, de l’air frais passe, et l’on aurait attrapé quelque chose ? Dit comme cela, il manque un personnage dans l’histoire : qui nous contamine ?

C’est cette question que me donne envie de reprendre un article de Presse-citron. La réponse ne tient pourtant pas dans « les anciens avaient tort ». Entre le virus, le froid et le nez qui coule, nous rangeons plusieurs phénomènes sous une même expression. Elle est commode. Un peu trop, peut-être.

Le courant d’air ne fabrique pas de virus

Un rhume est une infection virale des voies respiratoires supérieures. Les rhinovirus en sont une cause fréquente, mais ils ne sont pas seuls : les CDC recensent plus de 200 virus susceptibles de provoquer un rhume. Pour qu’une infection démarre, un agent infectieux doit donc être présent. Une baisse du thermomètre ne le crée pas.

Cela ne signifie pas que l’air ne transmet rien. Des particules respiratoires émises par une personne infectée peuvent être inhalées ; certains virus se transmettent aussi après contact avec une surface contaminée, puis avec le nez, les yeux ou la bouche. Le point décisif est la présence du virus, pas le caractère frais du courant d’air.

Je peux donc avoir froid sans contracter de rhume, et contracter un rhume sans avoir eu froid. D’ailleurs, on peut être enrhumé en toute saison. La sensation thermique et l’infection ne sont pas deux noms du même événement.

Cette distinction répond à une partie de ma question. Elle ne suffit pas à expliquer pourquoi le froid revient aussi souvent dans le récit.

Dans le nez, la température peut changer la défense

Le nez n’est pas un simple tuyau. Ses cellules participent à la défense contre les agents qui arrivent avec l’air inspiré. Et leur environnement thermique compte.

En 2015, une équipe de Yale a étudié des cellules respiratoires de souris. À une température plus fraîche, certaines réponses antivirales fonctionnaient moins efficacement, laissant davantage de place à la multiplication du rhinovirus. Ce résultat concerne un modèle expérimental, pas une mesure de ce qui arrive à chaque personne sortant sans veste.

Un travail publié en ligne en décembre 2022 apporte une autre pièce : des cellules et des prélèvements de muqueuse nasale humaine libèrent de minuscules vésicules participant à la défense antivirale. Certaines peuvent servir de leurres auxquels les virus s’attachent. Dans les conditions testées, le refroidissement réduit leur production et plusieurs de leurs fonctions.

Voilà un lien biologique possible. Le froid peut modifier des défenses locales ; il n’invente pas l’assaillant. Mais ce travail sur cellules et tissus ne permet pas de donner la probabilité d’attraper un rhume après dix minutes près d’une fenêtre. Encore moins d’affirmer que tout notre système immunitaire serait soudain « au ralenti ».

L’hiver ne joue pas seulement sur le thermomètre

Il faut aussi regarder l’humidité. Des travaux présentés par Yale en 2019, menés chez des souris exposées au virus de la grippe, ont comparé des atmosphères d’humidités différentes à température identique. L’air sec perturbait notamment l’évacuation du mucus et des particules, ainsi que certaines réponses antivirales.

C’est une autre expérience, un autre virus, une autre échelle. Elle enrichit l’explication ; elle ne transforme pas l’humidificateur du salon en traitement validé.

Et nous faisons partie du décor. Quand les températures baissent, les rencontres se déroulent volontiers dans des pièces fermées. Or partager un air intérieur insuffisamment renouvelé avec quelqu’un de contagieux n’est pas la même situation que sentir une brise dehors.

La saisonnalité ressemble donc davantage à un ensemble de conditions favorables qu’à un interrupteur. Les virus ne consultent pas tous le même calendrier. Chercher une cause unique à « on tombe plus malade en hiver » ferait perdre précisément ce que ces recherches nous apprennent.

Un nez qui coule n’est pas toujours un rhume

Il existe encore une nuance qui change ma question initiale : le froid peut provoquer des symptômes sans qu’il y ait infection.

Le NHS décrit la rhinite non allergique : l’intérieur du nez s’irrite, avec un nez bouché ou qui coule, parfois des éternuements. Les variations de température ou d’humidité font partie des déclencheurs possibles. Ce n’est pas nécessairement une allergie, et ce n’est pas nécessairement un virus.

Autrement dit, quelqu’un qui dit « ce courant d’air m’a fait couler le nez » ne raconte pas forcément n’importe quoi. C’est le passage automatique de « mon nez réagit » à « j’ai attrapé une infection » qui pose problème.

Je trouve cette distinction plus respectueuse de l’expérience des gens qu’un verdict expéditif. On peut se tromper sur la cause sans inventer la gêne ressentie. Reste qu’on ne peut pas diagnostiquer l’origine de symptômes à partir de la seule présence d’une fenêtre ouverte.

Garder sa veste, mais aussi renouveler l’air

Comprendre tout cela ne donne aucune raison de rechercher le froid. Le confort compte, et une exposition importante peut présenter des dangers directs, dont l’hypothermie décrite par l’Assurance Maladie. « Le froid n’est pas un virus » ne veut évidemment pas dire « le froid est inoffensif ».

Pour limiter la transmission, en revanche, la question ne se résume pas à l’épaisseur du pull. L’Assurance Maladie recommande notamment l’aération, le lavage des mains et le masque dans certaines situations, en particulier avec des symptômes ou au contact de personnes fragiles. Renouveler l’air et rester suffisamment au chaud ne sont pas des objectifs ennemis.

Cet article explique des mécanismes, pas des symptômes individuels. Une difficulté à respirer, une aggravation ou des symptômes inquiétants justifient un avis médical, sans les attribuer simplement à un « coup de froid ».

Je partais d’un courant d’air auquel on semblait prêter un pouvoir mystérieux. Je découvre surtout une expression qui rassemble trois choses : rencontrer un virus, être plus ou moins capable de lui résister, et ressentir une irritation.

La prochaine fois que cette formule revient, la bonne question ne serait-elle pas : de quoi parle-t-on exactement ? D’une sensation, d’un terrain favorable… ou d’une contamination ?