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Euro-Office sur ordinateur : changer de suite, reprendre la main ?

Retrouver ses documents sur son ordinateur, sans renoncer au travail à plusieurs : Euro-Office promet une autre voie. Encore faut-il pouvoir choisir… et partir.

Une application de plus, ou une dépendance de moins ?

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Bureau partagé avec ordinateur portable, écran, clavier, documents et disque externe, éclairés par des bandes de soleil.
Illustration photographique simulée, générée par IA. Bureau et interfaces imaginaires : il ne s’agit ni d’une capture d’Euro-Office ni d’un test de l’application.

Une suite bureautique européenne qui sort du navigateur pour s’installer sur l’ordinateur : la promesse attire mon attention. Pas forcément pour avoir un bouton de plus dans un traitement de texte. Plutôt pour retrouver une idée simple : je travaille sur mes documents, je sais où ils sont, et je peux choisir avec quels outils les ouvrir.

L’article de 01net sur Euro-Office présente cette étape comme un nouveau concurrent de Microsoft Office. Cela donne envie d’applaudir. Mais avant de remplacer une habitude aussi installée, j’ai besoin de séparer plusieurs choses : une application annoncée, une suite complète, une compatibilité promise et une indépendance réelle.

Le logo européen est un début de conversation. Ce n’est pas encore un test de mon tableur.

Une application annoncée, pas un essai déjà gagné

Nextcloud annonce la nouveauté le 16 septembre 2026, avec Hub 26 Summer. Son client de bureau, fondé sur Euro-Office, doit permettre d’éditer des fichiers localement et d’enregistrer les modifications sur l’ordinateur ou vers le serveur.

Le communiqué mentionne Windows et Linux en versions x64 et arm64, ainsi que macOS arm64. Ce dernier détail compte : annoncer « macOS » ne signifie pas nécessairement couvrir tous les anciens Mac Intel.

La collaboration doit aussi relier les utilisateurs du client et ceux du navigateur lorsqu’ils travaillent avec Nextcloud. Mais le même billet indique que les éditeurs de bureau seront téléchargeables dans les semaines à venir. Au moment de l’annonce, je retiens donc une arrivée prévue, pas une disponibilité générale vérifiée.

Je n’ai pas testé cette application. Ce texte examine ce qui est annoncé et les questions que cela pose, pas une installation que j’aurais effectuée.

Euro-Office n’est pas tout le bureau à lui seul

Le projet ne naît pas avec cette application. Son lancement est annoncé à Berlin le 27 mars 2026, autour d’une coalition comprenant notamment IONOS, Nextcloud, XWiki et OpenProject. L’idée est de mutualiser le travail sur l’édition de documents, de feuilles de calcul et de présentations.

Il faut toutefois distinguer ce moteur bureautique des services qui l’entourent. La documentation du projet explique qu’Euro-Office est un composant intégré à d’autres plateformes. Le stockage, la navigation, les autorisations et le partage relèvent de la plateforme d’accueil.

C’est une nuance très concrète. Choisir un éditeur ne répond pas automatiquement à la question de l’hébergement, du compte utilisateur ou de la personne qui administre les accès. Le nom d’un logiciel ne décrit pas toute la chaîne.

J’y vois malgré tout un intérêt : plusieurs acteurs peuvent partager une brique commune plutôt que reconstruire chacun leur traitement de texte. La valeur dépendra aussi de leur capacité à la maintenir ensemble.

Les documents doivent pouvoir sortir du logiciel

Dans ce débat, la question des formats me semble presque plus importante que celle de la fenêtre dans laquelle on travaille.

The Document Foundation, qui porte LibreOffice, intervient dès juin. Elle accueille l’engagement en faveur des standards ouverts, mais distingue la prise en charge d’ODF et son adoption comme format natif. Lire et exporter un format n’est pas la même chose que l’utiliser comme base normale des documents.

Cette position vient d’un acteur qui défend aussi sa propre suite. Elle mérite d’être lue comme une contribution au débat, pas comme un verdict neutre sur tous les usages. Elle rappelle également que les suites libres européennes n’ont pas attendu Euro-Office pour exister.

Pour moi, la bonne question devient : si je change encore d’outil dans quelques années, que restera-t-il de mes fichiers ? Le texte seul, ou aussi la mise en page, les commentaires, les calculs et les relations entre les documents ?

Une compatibilité annoncée n’est pas la garantie que chaque fichier complexe traversera la frontière sans perdre un bagage. Je voudrais donc essayer mes vrais documents, pas seulement regarder une démonstration bien préparée.

Un logiciel ouvert peut aussi avoir une histoire disputée

Euro-Office reprend la base libre d’ONLYOFFICE et revendique un développement sous licence AGPL. Dans sa présentation, le collectif justifie cette bifurcation par sa volonté de rendre les contributions et la construction du logiciel plus accessibles.

Mais ONLYOFFICE conteste publiquement, le 30 mars 2026, le respect de ses conditions de licence, notamment sur les obligations qu’il revendique en matière d’attribution et de marque. C’est l’affirmation d’une partie concernée, pas une décision judiciaire que je pourrais présenter comme acquise.

Le désaccord ne permet ni de déclarer le projet illégal, ni de faire comme si son histoire n’existait pas. Je n’ai pas ici les éléments pour trancher juridiquement. La disponibilité du code et le règlement d’un différend sur son utilisation sont deux questions différentes.

Cette nuance enlève un peu de confort au récit du « nouveau logiciel souverain ». Elle le rend aussi plus intéressant : construire une alternative, c’est reprendre du travail existant, organiser une communauté et clarifier des responsabilités. Pas seulement changer un nom sur une barre de titre.

La vraie liberté doit survivre à une journée ordinaire

Ce qui me convaincrait ne serait pas uniquement de pouvoir installer un exécutable. Ce serait de terminer un travail courant sans me demander si j’ai gagné une liberté théorique au prix de trois problèmes pratiques.

Je commencerais par une copie de quelques documents représentatifs : un texte avec commentaires, une présentation que quelqu’un d’autre doit reprendre, un tableau dont les résultats sont connus. J’observerais ce qui se passe à l’ouverture, à l’enregistrement et au retour dans un autre outil. Ce serait un protocole d’essai, pas une preuve déjà obtenue.

Je vérifierais aussi ce qui fonctionne sans connexion, ce qui demande un serveur et ce que deviennent les conflits de synchronisation. « Sur le bureau » ne veut pas dire que toutes les fonctions deviennent indépendantes du réseau. Collaborer reste un autre usage que rédiger seul.

Et puis il y a la continuité : mises à jour, sauvegardes, assistance, possibilité de quitter le prestataire. La souveraineté que j’attends ressemble davantage à cette capacité de choix durable qu’à une étiquette géographique.

L’arrivée annoncée d’Euro-Office sur ordinateur est donc une piste que je trouve bienvenue, sans lui demander de remporter la partie avant d’avoir joué. La question n’est peut-être pas de savoir si un nouvel outil va « tuer Office », mais s’il va rendre moins coûteux le fait de choisir autre chose.