Quatre disques à la maison : évolutif jusqu’où ?
Un petit serveur, quatre places pour les disques, et l’impression de pouvoir voir venir. Mais dans cette boîte, tout ne grandit pas de la même façon.
De la place pour les données, des ressources pour les programmes : deux réserves qu’il vaut mieux ne pas confondre.

Quatre emplacements pour des disques, une petite tour discrète, et la promesse de voir venir. En lisant le test du NASync DH4300 Plus d’UGREEN publié par Clubic, je me suis arrêté sur cette idée d’un appareil ouvert sur l’avenir. Elle paraît évidente : deux logements de plus, c’est davantage de marge.
Mais de quelle marge parle-t-on ? De la place pour les photos, du nombre de personnes qui peuvent travailler ensemble, ou des logiciels qu’on pourra installer dans quelques années ? Ces questions tiennent dans la même boîte, sans recevoir nécessairement la même réponse.
Je ne cherche donc pas ici à distribuer une note au produit. Ce petit serveur domestique m’intéresse surtout comme exemple d’un malentendu assez courant : un appareil peut être extensible d’un côté et presque figé de l’autre.
Un NAS n’est pas seulement un gros disque
NAS signifie stockage relié au réseau. Au lieu de brancher un disque à un seul ordinateur, on dispose d’une petite machine qui peut mettre des fichiers à la disposition de plusieurs appareils. Elle possède son propre processeur, sa mémoire et un système qui organise les accès. C’est un ordinateur spécialisé, pas une étagère devenue électrique.
Dans son annonce de septembre 2025, UGREEN présente le DH4300 Plus avec quatre logements SATA, un processeur ARM à huit cœurs, 8 Go de mémoire et un port Ethernet à 2,5 gigabits par seconde. Les baies désignent les emplacements des unités de stockage ; la mémoire vive sert, elle, aux programmes en cours de fonctionnement.
Ajouter de la capacité pour conserver des vidéos ne donne donc pas automatiquement plus de ressources aux applications qui les manipulent. C’est la différence entre agrandir les rayonnages d’une bibliothèque et augmenter le nombre de personnes capables d’y travailler. Les deux peuvent devenir utiles, mais pas pour les mêmes raisons.
Ce simple découpage change ma manière de lire la fiche technique. Je ne regarde plus seulement ce que la boîte peut contenir. Je cherche aussi par où passent les données et ce qui doit les traiter.
La vitesse dépend aussi de ce qu’il y a autour
Le réseau à 2,5 gigabits donne un ordre de grandeur facile à perdre au milieu des sigles. Un octet contient huit bits : 2,5 milliards de bits par seconde correspondent à 312,5 millions d’octets, soit 312,5 Mo/s au niveau nominal. Les échanges de protocole prennent leur part ; ce chiffre n’est pas un débit promis pour les fichiers.
Dans son essai du 20 janvier 2026, Nerces relève environ 295 Mo/s en séquentiel avec CrystalDiskMark, puis autour de 282 Mo/s en lecture et 230 Mo/s en écriture pour une grosse archive copiée via Windows en SMB. Le protocole utilise notamment des SSD Samsung 870 EVO de 1 To et des disques Toshiba MG09 de 18 To, avec un commutateur 10 GbE. Ce sont ses mesures dans cet environnement.
Une connexion négociée à un seul gigabit aurait, avant même les autres limitations, un plafond nominal de 125 Mo/s. Un port plus rapide sur le NAS ne transforme donc pas le reste du trajet. L’ordinateur, les équipements intermédiaires, la liaison utilisée et le type de fichiers comptent aussi.
C’est moins grisant qu’un chiffre unique sur un emballage, mais plus parlant. Le bon débit n’habite pas dans une seule prise : il se construit de bout en bout. Et copier une grosse archive n’est pas la même tâche que traiter des milliers de petits fichiers.
Des baies libres, mais une mémoire déjà décidée
La configuration du DH4300 Plus illustre cette asymétrie : ses 8 Go de mémoire sont fixes, et il ne possède pas d’emplacement M.2 pour ajouter un SSD de ce format. Les possibilités d’évolution ne suivent donc pas toutes celles du stockage SATA.
Cela ne prouve pas que 8 Go seraient insuffisants pour partager des documents ou réunir des photos. La question apparaît lorsque l’on veut multiplier les services. Le nombre de disques n’indique pas à lui seul combien de programmes exigeants pourront fonctionner ensemble.
Le catalogue logiciel constitue une autre frontière. Dans son essai, Clubic souligne un choix d’applications encore plus restreint que chez des concurrents établis, et le passage par Docker pour Plex ou Jellyfin. La présence d’un outil de conteneurs ne dispense pas de vérifier que l’application et son image conviennent à l’architecture ARM.
Un conteneur regroupe un logiciel avec une partie de son environnement. Il ne devient pas, par ce seul emballage, un traducteur universel de processeurs. Pour moi, la bonne question serait donc moins « est-ce qu’on peut installer des applications ? » que « lesquelles, dans quelle version, et avec quel niveau de simplicité ? ».
Quatre disques ne font pas quatre sauvegardes
Le choix d’organisation des disques change aussi ce que signifie la capacité. Prenons un exemple théorique : quatre disques de 4 To représentent 16 To bruts. Un RAID 5 avec ces quatre disques consacre l’équivalent de l’un d’eux à des informations de parité : il reste environ 12 To avant les réserves et le formatage. Ce n’est pas la configuration du test, mais un calcul pour comprendre le principe.
La parité permet de reconstituer les données lorsqu’un disque de cet ensemble tombe en panne, à condition que le reste demeure exploitable. Elle ne crée pas une version ancienne d’un fichier effacé par erreur. Si l’unique ensemble est perdu, volé ou rendu inaccessible, le nombre de logements ne fournit pas une autre copie ailleurs.
Le guide de l’ANSSI sur les sauvegardes, révisé en novembre 2025, insiste notamment sur des copies distinctes, une sauvegarde hors ligne et des essais réguliers de restauration. Il vise les systèmes d’information ; son principe reste éclairant ici : conserver des données, continuer après une panne et pouvoir restaurer ne désignent pas le même service.
Le NAS peut accueillir une sauvegarde d’un ordinateur. Si l’on y déplace au contraire le seul exemplaire d’un dossier, on a changé son emplacement, pas créé un double. Cette distinction très peu spectaculaire me paraît autrement plus rassurante qu’une rangée de voyants tous au vert.
Prévoir l’avenir sans lui acheter toutes les options
Je reviens alors à la promesse des quatre baies avec une question plus précise. Veut-on davantage de volume, un accès partagé plus rapide, ou une petite plateforme pour expérimenter des applications ? Les réponses peuvent conduire à regarder des limites différentes, au lieu d’attendre d’un seul adjectif — évolutif — qu’il les résolve toutes.
Le coût mérite le même découpage : le boîtier n’est pas l’ensemble du projet. Il faut compter les disques lorsqu’ils ne sont pas inclus, la destination d’une autre copie, et parfois les équipements réseau nécessaires au débit recherché. Sans oublier le temps consacré aux réglages et à la vérification des sauvegardes.
Cela ne veut pas dire qu’il faudrait viser systématiquement plus puissant. Une fonction qu’on n’utilisera jamais peut coûter cher sans rendre un appareil plus utile. Reconnaître un plafond peut aussi permettre de choisir sereinement un outil qui correspond à un besoin stable.
Ce qui m’intéresse finalement dans ce NAS, ce n’est pas qu’il promette de tout devenir. C’est qu’il oblige à nommer ce que l’on veut voir grandir. Avoir encore de la place pour ses fichiers, c’est précieux. Savoir quelles autres portes resteront fermées l’est peut-être tout autant.