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Geektitude · Ce que l’on emporte

HP : un ordinateur dans le clavier, l’écran à part

Emporter son ordinateur sans son écran : le PC-clavier de HP remet une vieille forme au service d’une autre idée de la mobilité.

La mobilité se joue aussi dans ce qui reste à destination.

GeektitudeOrdinateurs11 janvier 2026
Illustration générée par IA : maquette en papier blanc d’un clavier relié à un écran séparé, avec de longues ombres.
Illustration générée par IA : une maquette conceptuelle, pas une photographie du HP EliteBoard ni de ses branchements.

Un clavier posé devant un écran : l’image n’a rien d’extraordinaire. Sauf qu’ici, il ne manque pas une tour cachée sous la table. L’ordinateur est dans le clavier. J’aime assez ces objets qui semblent incomplets jusqu’au moment où l’on comprend ce qui a changé de place.

Clubic rapproche l’EliteBoard G1a de HP du Commodore 64. La ressemblance de principe est parlante. Mais ce qui m’intrigue n’est pas tellement le retour d’une silhouette ancienne : c’est l’idée de transporter sa machine sans transporter son écran.

Ce format pose une question toute simple. Quand on dit qu’un ordinateur est « mobile », veut-on pouvoir travailler n’importe où, ou seulement retrouver son environnement sur plusieurs bureaux déjà équipés ? Ce n’est pas tout à fait le même voyage.

Ce n’est pas un clavier pour un autre PC

HP a présenté l’EliteBoard G1a le 5 janvier, à l’occasion du CES 2026. Il intègre les composants d’un PC dans un clavier, avec un processeur AMD Ryzen AI 300. Le constructeur annonce environ 750 grammes et un profil de 12 millimètres.

L’intérêt n’est donc pas de commander à distance un ordinateur installé ailleurs. Le clavier contient la machine ; l’écran externe sert à l’affichage. Une distinction importante, parce que deux objets presque identiques sur une table peuvent correspondre à des organisations très différentes.

Sur un poste fixe, on sépare habituellement le boîtier, le clavier et l’écran. Sur un portable, on réunit l’essentiel sous une charnière. Ce format fait un autre choix : rapprocher le calcul des touches, tout en laissant l’affichage indépendant.

HP prévoit aussi une batterie intégrée en option, à choisir lors de l’achat. Elle ne fait toutefois pas apparaître un écran dans le boîtier. C’est un clavier que l’on peut déplacer plus facilement, pas un portable dont on aurait simplement oublié de déplier la moitié supérieure.

Une vieille idée, un autre contexte

Le rapprochement avec les ordinateurs des années 1980 est séduisant, mais il ne faudrait pas sauter directement du Commodore à HP comme si personne n’avait repris l’idée entre-temps. En novembre 2020, Raspberry Pi présentait déjà le Pi 400 : un ordinateur intégré dans un clavier compact.

Dans cette présentation, Eben Upton revendiquait justement l’inspiration des machines familiales anciennes. Le principe était de réduire le nombre d’objets à assembler, en gardant un écran ou un téléviseur séparé. La forme pouvait être familière sans que l’usage reste figé dans la nostalgie.

Le cas HP vise un autre contexte, celui du travail professionnel. La continuité du dessin ne rend pas les machines équivalentes : leur environnement logiciel, leurs équipements et le public auquel elles s’adressent comptent autant que l’endroit où se trouve la carte électronique.

Même le « premier » demande une petite pause. HP réserve sa revendication aux PC de classe bureau intégrant une accélération IA dans un clavier, selon sa propre analyse. Ce périmètre précis ne signifie pas que le constructeur aurait inventé l’ordinateur-clavier.

On emporte le clavier, pas tout le bureau

Je vois assez bien l’intérêt dans un scénario précis : passer d’un bureau équipé à un autre en emportant son ordinateur personnel de travail. L’écran reste sur place, la machine suit. Cela peut avoir du sens sans devenir une solution universelle à tous les déplacements.

Dans un train, une salle d’attente ou un coin de table sans affichage disponible, le raisonnement change. Un portable transporte aussi la surface sur laquelle on travaille. Ici, le gain d’encombrement consiste en partie à ne pas emporter un élément dont on aura besoin à destination.

Il faut également regarder les branchements, pas seulement la forme de la prise. Les recommandations de l’USB-IF distinguent le connecteur USB-C, les capacités de transfert et l’alimentation USB Power Delivery. Un connecteur familier ne garantit pas, à lui seul, que l’ensemble câble-écran-ordinateur fera tout ce que l’on attend.

Avant d’imaginer une installation réduite à un câble, je vérifierais donc les fonctions de l’écran, du port et du câble retenus. La simplicité du geste dépend d’une compatibilité préparée en amont. C’est souvent ainsi que fonctionne la magie informatique : quelqu’un a lu les conditions avant nous.

Les compromis ne disparaissent pas

Réunir plusieurs fonctions dans un petit volume oblige aussi à faire des choix. Le récit de conception du Raspberry Pi 400, publié par Simon Martin, le montre concrètement : position des ports, place disponible pour les connecteurs et évacuation de la chaleur ont dû être conciliées.

Ce n’est pas une mesure des performances du produit HP. C’est un rappel utile : la silhouette extérieure ne dit pas comment la machine se comportera pendant une longue tâche, ni quel bruit elle fera près des mains. Ces questions demandent des essais, pas seulement une photographie convaincante.

Il en va de même pour l’entretien. Avant de juger ce format durable ou pratique, je voudrais savoir ce qui se remplace facilement, comment on accède aux pièces et ce qui se passe si le clavier s’abîme alors que l’ordinateur fonctionne encore. L’intégration peut simplifier un bureau sans simplifier toutes les réparations.

Enfin, l’étiquette « AI PC » ne remplace pas ces questions ordinaires. HP précise lui-même que certaines fonctions liées à l’accélérateur IA dépendent des logiciels, de leur activation ou d’un abonnement. Pour choisir une machine, je commencerais encore par les tâches qu’elle doit accomplir.

Le bon ordinateur dépend aussi du lieu

À ce stade, HP annonce une disponibilité en mars et doit encore préciser le prix. Cela laisse de vraies inconnues pour apprécier la proposition : configuration retenue, confort de frappe, contraintes de branchement et coût d’un poste complet, pas seulement de l’objet que l’on emporte.

Le format me paraît surtout intéressant parce qu’il dissocie deux habitudes souvent confondues : travailler sur son ordinateur et travailler sur son écran. On peut vouloir conserver le premier tout en utilisant un grand affichage déjà présent ailleurs.

Je n’y vois donc ni le successeur évident du portable, ni un simple déguisement rétro. Plutôt une réponse à un cas d’usage qu’il faut nommer correctement. Le même objet peut être très commode sur deux bureaux équipés et peu utile pour une journée passée entre deux trains.

Au départ, je regardais un clavier auquel on avait ajouté un ordinateur. Je finis par regarder ce que l’on accepte de laisser sur place. Et si le bon critère de mobilité n’était pas seulement le poids du sac, mais aussi tout ce qui doit nous attendre à l’arrivée ?