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Catherine Leroy, la photographe restée hors champ

Catherine Leroy a photographié la guerre du Vietnam au plus près. Des lettres et des archives aident aujourd’hui à retrouver la femme derrière les images.

Que reste-t-il de celle qui se tenait derrière l’objectif ?

Culture GPhotographie6 novembre 2026
Quatre paysages monochromes accrochés autour d’un rectangle de lumière vide.
Monotype imaginaire créé avec l’IA. Les images accrochées ne proviennent pas des archives de Catherine Leroy.

« La photographe sans photo. » C’est le raccourci qui m’est venu en découvrant le documentaire consacré à Catherine Leroy. Il y a quelque chose de troublant à reconnaître des images d’une guerre sans savoir grand-chose de la personne qui les a prises. Avec elle, l’écart se voit particulièrement bien. Les photographies sont là. Pour retrouver la photographe, il faut regarder autour.

Un appareil et un billet pour Saïgon

Catherine Leroy a 21 ans quand elle arrive au Vietnam en 1966. Elle couvre la guerre jusqu’en 1968. La chronologie publiée par sa dotation donne à voir une débutante qui gagne sa place au milieu de correspondants déjà installés. En 1967, elle saute en parachute avec les forces américaines pendant une opération.

Ce détail pourrait suffire à fabriquer un personnage de film. Il dit aussi quelque chose de sa méthode. Pour photographier ce qui se passe au sol au moment d’une opération, elle se donne les moyens d’être là. C’est un travail de présence et d’accès, avant même le choix du cadre.

De l’autre côté de la ligne

Pendant l’offensive du Têt, en 1968, elle est brièvement retenue avec le journaliste François Mazure par des forces nord-vietnamiennes. Les images qu’elle rapporte de cet épisode font la couverture de Life, avec un texte signé de son nom. L’intérêt de ce reportage tient aussi au déplacement du regard. Les lecteurs américains voient des hommes du camp adverse par le travail d’une correspondante jusque-là souvent embarquée avec leurs propres troupes.

Sa carrière se poursuit après le Vietnam. Elle devient la première femme à recevoir la médaille d’or Robert Capa pour sa couverture de la guerre civile libanaise en 1976. Ce prix donne une mesure de la reconnaissance professionnelle de son travail au-delà des images qui l’ont révélée.

Quelques photos d’elle existent

L’expression « sans photo » mérite d’être précisée. Dans la chronologie de la dotation figurent des portraits pris au Vietnam, notamment par Gilles Caron. Cette présence rend l’histoire plus intéressante encore. Une photographe peut être visible dans les archives de ses collègues et rester absente de la mémoire du grand public.

À l’inverse, une image peut circuler si longtemps qu’on oublie de chercher son crédit. Le nom de la personne derrière l’objectif raconte pourtant une partie de l’histoire. Il aide à se demander comment elle a obtenu cet accès, qui elle accompagnait et ce qu’elle pouvait voir à cet instant.

Ce que les lettres permettent de retrouver

Dans Catherine Leroy, une Française dans la guerre du Vietnam, programmé le 6 novembre sur France 5, Marie-Christine Gambart travaille à partir de photographies et de lettres. La correspondance permet d’approcher une personne dont les images disent surtout ce qu’elle observait. Elle donne une autre matière au récit, avec des mots adressés à des proches au fil des événements.

Cela m’intéresse davantage qu’une reconstitution qui comblerait chaque trou. Un portrait d’archives peut laisser des blancs. On peut savoir où quelqu’un travaillait un jour et ignorer ce qu’elle a pensé en quittant les lieux. Ces deux états de connaissance cohabitent.

Regarder le crédit

Après avoir lu ce parcours, j’ai envie de faire davantage attention au petit nom sous la photo. On y passe vite, alors que c’est parfois le début d’une autre enquête. Pour Catherine Leroy, il ouvre sur une carrière, des lettres et un fonds que ses proches ont contribué à réunir.

Le documentaire invite à refaire le chemin à rebours. On part d’images qui ont gardé la mémoire d’une guerre, puis on s’arrête un instant sur celle qui leur a donné un cadre. On peut alors regarder la même photographie en se posant une question différente.